Tom Jenkins. Bienvenue à cette émission spéciale de fin d’année du Tom Jenkins Talk Show ! L’hiver est arrivé tôt cette année. Quel froid de canard ! C’est pourquoi nous recevons aujourd’hui des invités qui sauront nous réchauffer le cœur, c’est garanti ! Vous allez voir ! En effet, j’aurai la chance d’accueillir aujourd’hui Mike Borottello, qui a été admis au Temple de la Renommée du Hockey la semaine dernière, et qui viendra nous parler de l’entreprise de suppléments protéinés spécialement conçus pour les athlètes professionnels à laquelle il consacre toutes ses énergies depuis qu’il a pris sa retraite, il y a quatre ans. Ensuite le célèbre rappeur Rantanplan nous racontera comment il est sorti de l’enfer de la drogue. Mais d’abord accueillons chaleureusement Kristell Weizen, qui nous parlera de son nouveau film où l’on raconte la vie de Sœur Teresina, et qui sortira vendredi prochain.

(Applaudissements du public.)

Kristell Weizen. Bonjour, Tom.

T. J. Bonjour, Kristell. Comment ça va ?

K. W. Ça va bien, et même très bien ! Et toi ?

T. J. Ça va très bien, moi aussi ! Parle-nous un peu de ton dernier film, Kristell. As-tu trouvé difficile d’entrer dans la peau de Sœur Teresina ? Ça n’a pas dû être facile de jouer le rôle de cette grande bienfaitrice de l’humanité, de cette sainte. Je me trompe ?

K. W. Non, tu ne te trompes pas. J’étais tellement intimidée à l’idée d’incarner Sœur Teresina que j’ai failli refuser le rôle. Je ne me sentais simplement pas à la hauteur. Je me demandais qui j’étais, moi, pour prétendre rendre à l’écran son amour pour toute l’humanité et sa grandeur d’âme sans pareille. Il a fallu que mon agent insiste, qu’il revienne à la charge…

T. J. Et tu as fini par accepter ?

K. W. Oui, j’ai fini par accepter.

T. J. Pourquoi ? Qu’est-ce qui t’a fait changer d’idée, Kristell ?

K. W. Alors que je persistais dans mon refus, Paul est venu me voir chez moi et il m’a dit : « Kristell, tu n’as pas à être comme Sœur Teresina pour avoir le droit de jouer son rôle. Personne n’attend ça de toi. On te demande seulement d’être une bonne actrice et, grâce à ton talent, de faire mieux connaître au public la vie exceptionnelle de cette femme remarquable. Dis-toi que c’est un hommage que tu lui rends. Pense à tout le bien que tu pourrais faire en sensibilisant le public à toute la souffrance et à toutes les injustices qui existent dans le monde. Pense à tous ceux qui, à cause de toi, pourraient avoir envie de suivre l’exemple de Sœur Teresina et de faire leur part pour rendre le monde meilleur. » Je me suis alors dit qu’il avait raison, et que je pouvais moi aussi faire ma part en faisant ce film.

T. J. On raconte que tu as dû perdre 25 livres pour ressembler à Sœur Teresina. Est-ce que c’est vrai ?

K. W. Oui, c’est vrai, même si ça ne paraît presque plus maintenant, puisque le tournage est fini depuis 4 mois. Je peux enfin manger autre chose que du céleri et du concombre. Mais pendant le tournage, c’était vraiment très difficile. Parfois on tournait 14 heures par jour, sinon plus, sans compter les séances de maquillage qui duraient deux heures. Je me suis même évanouie deux fois sur le plateau. Mais je ne regrette rien : si c’était à recommencer, je le referais. Je suis fière d’avoir tourné ce film.

T. J. Cela montre que tu es prête à souffrir pour ton art, Kristell. C’est tout à fait admirable, n’est-ce pas ?

(Applaudissements du public.)

K. W. Merci, Tom, merci beaucoup. Ça fait chaud au cœur !

T. J. Si tu veux bien, regardons un extrait de ton nouveau film.



(Dans une ruelle de Chittagong encombrée d’ordures et d’enfants. Sœur Teresina s’approche d’une petite fille décharnée et vêtue de haillons.)

Sœur Teresina. Bonjour, petite fille. Comment t’appelles-tu ? Moi, je suis Sœur Teresina.

La petite fille. Najma. Je m’appelle Najma.

Sœur Teresina. Et pourquoi es-tu seule dans cette ruelle, Najma ? Où est ta maman ?

La petite fille. Je n’ai pas de maman.

Sœur Teresina. Est-ce que tu as faim, Najma ?

La petite fille. Oui, j’ai faim, madame.

Sœur Teresina. Appelle-moi Sœur Teresina, d’accord ?

La petite fille. Oui, Sœur Teresina.

Sœur Teresina. Depuis combien de jours n’as-tu rien mangé, Najma ?

La petite fille. Depuis trois jours, Sœur Teresina.

Sœur Teresina. Mais tu dois mourir de faim, ma petite ! Voici un morceau de pain.

(La petite fille regarde avec avidité le morceau de pain, puis elle en détache quelques miettes qu’elle porte à sa bouche et qu’elle mâchonne lentement.)

Sœur Teresina. Mange, Najma, mange ! Pourquoi ne manges-tu pas ?

La petite fille. Soeur Teresina, c’est que quand j’aurai mangé tout ce morceau de pain, il n’y en aura plus et j’aurai faim à nouveau.

(Sœur Teresina regarde avec compassion la petite fille. Une larme coule lentement sur sa joue.)

Sœur Teresina. Oh, ma petite fille ! Oh, ma petite Najma ! Ne t’inquiète plus ! Sœur Teresina va t’amener avec elle et elle va s’occuper de toi. Plus jamais tu ne manqueras de pain ! Plus jamais tu n’auras faim !

(Sœur Teresina prend la petite fille par la main et sort de la ruelle avec elle. Plan séquence sur les autres enfants abandonnés ou orphelins.)



(Applaudissements du public.)

T. J. C’est très émouvant, Kristell ! Et quelle performance de ta part !

K. W. C’est que même si je suis moi-même agnostique, je suis profondément touchée par les valeurs que véhiculent les paroles et les actes de Sœur Teresina. Je crois que les croyants et les non-croyants peuvent tous y trouver leur compte dans ce film.

T. J. Pourtant Sœur Teresina a été la cible de critiques virulentes durant les dernières années de sa vie, et même après, quand on a décidé de la canoniser. Et une partie de ces critiques est retombée sur toi. Des journalistes t’ont même reproché de faire du prosélytisme religieux. Qu’est-ce que tu en penses, Kristell ?

K. W. Qu’est-ce que tu veux que j’y fasse, Tom ? C’est toujours la même allergie à la religion qui se manifeste. Sans doute on peut reprocher des choses au christianisme ; mais on n’en est plus là aujourd’hui. Ça ne sert à rien de s’acharner. Il ne faudrait quand même pas rejeter ce que le christianisme a de bon, comme la charité, et rompre avec nos racines, avec nos valeurs chrétiennes. Je demande donc aux critiques d’attendre d’avoir vu le film avant de juger, et de mettre entre parenthèses leurs préjugés antireligieux.

T. J. Mais la question religieuse n’est pas tout, Kristell. Certains reprochent à Sœur Teresina d’avoir accepté de l’argent des gouvernements cubain et haïtien, alors que c’étaient des dictateurs qui régnaient sur ces pays.

K. W. Sœur Teresina a répété je ne sais combien de fois qu’elle ne voulait pas se mêler de politique. Tout ce qui comptait pour elle, c’était de pouvoir aider les pauvres.

T. J. Autrement dit, tu veux qu’on arrête de lui faire un procès à partir de racontars, et qu’on juge plutôt de ses bonnes œuvres, qui continuent à exister même après sa mort.

K. W. Exactement, Tom. Qu’on pense que tous ces pauvres gens, sans les mouroirs de Sœur Teresina, seraient morts seuls, abandonnés de tous, dans une ruelle obscure, et n’auraient pas eu de sépultures. Leurs dépouilles auraient été dévorées par les chiens errants et affamés qui rôdent partout à Chittagong. Grâce à elle, ils sont morts dans la dignité.

T. J. C’est vraiment une femme remarquable !

K.W. Elle a fait connaître au monde la souffrance qui existe au Bangladesh, et aussi ailleurs dans le Tiers Monde. Elle a aussi inspiré une foule de personnes, qui maintenant font eux aussi leur part pour aider les pauvres du monde entier. Qui donc parmi les détracteurs de cette femme exceptionnelle peut prétendre avoir fait autant de bien à l’humanité ?

T. J. Et je suppose que ses actes et sa vie t’ont incitée à faire ta part pour rendre le monde meilleur. Parle-nous de ton engagement humanitaire, Kristell.

K. W. Pour moi, le tournage de ce film a été une véritable révélation. J’ai pris conscience des maux qui existent partout dans le monde, et maintenant je ne peux plus les ignorer. Ça m’a littéralement ouvert les yeux ! C’est pourquoi, quelques semaines après la fin du tournage, j’ai décidé de m’engager en devenant ambassadrice de l’Union internationale pour la défense des droits des enfants. Ma mission est de sensibiliser le public aux atteintes qu’on porte à ces droits, partout dans le monde.

T. J. C’est très intéressant, Kristell. Je suis certain que tous nos téléspectateurs t’écoutent attentivement et ne demandent pas mieux que d’être informés à ce sujet.

K. W. Merci, Tom, de me donner cette occasion de sensibiliser le public sur la situation des enfants en @. Les enfants d’ici n’ont pas idée à quel point ils sont chanceux de ne pas être nés dans ce pays. On ne les prive pas de leur droit d’avoir des parents et, du même coup, d’une foule d’autres droits.

T. J. Il est vrai que dans cette dictature les femmes sont traitées comme de vulgaires pondeuses par l’État, qui agit comme s’il était le propriétaire de leur corps et de leurs enfants. C’est encore pire que ce qui se passe ici avec les mères-porteuses, puisque les enfants ne sont même pas confiés à un couple qui ne peut pas en avoir. Ils sont enlevés à leurs mères et c’est l’État qui prend en charge toute leur existence. Il les enferme dans de gigantesques prisons, qu’on appelle – dans la langue bureaucratique de l’endroit – les provinces pédagogiques. Nos téléspectateurs peuvent facilement concevoir l’endoctrinement dont ils sont les innocentes victimes, sous prétexte d’éducation.

K. W. C’est exactement comme tu le dis, Tom. Je vois que tu es bien informé. Mais ce n’est pas de ça que je veux parler, du moins pas tout à fait. Je veux parler de la négligence et des mauvais traitements dont les enfants sont victimes entre les mains des éducateurs à la solde de l’État. Tu ne peux pas imaginer tout ce qui arrive à ces pauvres enfants dans les provinces pédagogiques.

T. J. Mais j’imagine que je vais le savoir bientôt. Nous t’écoutons. Cela est de la première importance. Le public a le droit d’être informé.

K. W. Mais avant de commencer, j’insiste sur le fait que tout ce que je vais dire provient de documents rendus publics par les autorités des provinces pédagogiques. Alors que les sympathisants du régime @, qui trouvent toujours à redire, se le tiennent pour dit avant de tout nier en bloc.

T. J. Tu fais bien de prendre tes précautions contre la propagande @. C’est une véritable peste, par les temps qui courent !

K. W. Et cette propagande est à ce point efficace que les autorités @ peuvent divulguer tous les mauvais traitements dont sont victimes les enfants sans que la population @ ne s’indigne. Il faudrait seulement le vingtième, le centième de ce qui se passe dans les provinces pédagogiques pour provoquer ici un véritable tollé.

T. J. Et je suppose que la presse n’en parle pas non plus.

K. W. Bien entendu que non.

T. J. Rien d’étonnant à cela puisque les médias @ sont des organes de propagande de cet État totalitaire et de l’élite dirigeante qui le contrôle.

K. W. Hélas, Tom ! Et quand les experts de l’Union internationale pour la défense des droits des enfants expriment leur désir d’entrer dans les provinces pédagogiques afin d’informer la communauté internationale des mauvais traitements dont sont quotidiennement victimes les enfants, les autorités @ refusent catégoriquement, sous prétexte que cela est interdit à tous les étrangers. Elles vont même jusqu’à les menacer en leur disant que s’ils pénètrent ou essaient de pénétrer dans les provinces pédagogiques, cela est passible de la peine de mort.

(Murmures d’indignation du public.)

T. J. Non seulement cela porte gravement atteinte à la liberté de la presse et aux droits à l’information de tous les êtres humains, mais cela est tout simplement barbare ! On se croirait au Moyen Âge !

K. W. Bien qu’étroitement surveillés par les services secrets @, nos experts ont quand même réussi à faire du bon travail à partir de la documentation rendue publique par les autorités des provinces pédagogiques et en interviewant d’anciens éducateurs. Savais-tu, Tom, que les fractures sont cinq fois plus fréquentes chez les enfants @ que chez les nôtres ?

(Murmures d’indignation du public.)

T. J. Mais c’est tout à fait scandaleux !

K. W. D’après la version officielle rendue publique par les autorités des provinces pédagogiques, ces fractures seraient dues à des accidents de vélo de montagne, d’escalade, de ski alpin, etc.

T. J. Voilà une manière bien commode de cacher les violences dont les éducateurs se rendent coupables envers les enfants @.

(Murmures d’indignation du public.)

K. W. C’est d’autant plus commode qu’il est bien connu – les anciens éducateurs interviewés l’ont eux-mêmes avoué – qu’on se montre très négligent en matière de sécurité dans ces provinces pédagogiques. En effet, les éducateurs ne se donnent même pas la peine d’accompagner et de surveiller les enfants quand ils pratiquent ces sports. Et on ne fournit même pas à ces derniers l’équipement de protection de base : casques, genouillères, coudières, etc.

T. J. C’est de la négligence criminelle !

K. W. Quant aux noyades, elles sont dix fois plus fréquentes qu’ici.

T. J. Pas étonnant si on laisse les enfants se baigner dans les rivières ou les lacs sans la présence d’un adulte ou d’un sauveteur, comme tu m’as dit qu’on le faisait, juste avant le début de l’émission.

K. W. On va même jusqu’à mettre à leur disposition des barques et des canots, et sans les obliger à porter des vêtements de flottaison individuels !

T. J. C’est du gros n’importe quoi, Kristell ! Comme si on pouvait laisser des mineurs prendre des décisions concernant leur sécurité, alors que l’expérience nous a montré qu’il était même nécessaire d’obliger les adultes à porter des VFI dans les embarcations de plaisance.

K. W. Ce n’est pas tout : trois adolescents se sont fracturé le crâne l’an dernier suite à des plongeons ratés. Et comme si ce n’était pas assez, on a refusé de soigner l’un d’entre eux. On l’a même euthanasié sous prétexte qu’il souffrirait par la suite de graves handicaps mentaux et physiques !

(Cris d’indignation du public.)

T. J. C’est porter atteinte aux droits à la vie de tous les êtres humains ! C’est de l’eugénisme, rien de moins ! En fait, il fallait bien s’y attendre, puisque les @ assassinent lâchement les bébés handicapés physiquement ou mentalement. Exactement comme les Nazis !

(Cris d’indignation du public.)

K. W. Mais il y a plus, Tom. Juste pour te donner une idée de tout ce que nos experts ont pu trouver en épluchant la documentation produite par les provinces pédagogiques, une fillette de dix ans a eu trois côtes cassées après avoir été chargée par un bélier.

T. J. A-t-on idée d’exposer ainsi les enfants à des animaux dangereux !

(Murmures d’indignation du public.)

K. W. Il y a trois ans un adolescent est mort parce qu’il a été attaqué par un ours alors qu’il faisait une promenade dans la forêt.

T. J. C’est inadmissible !

(Murmures d’indignation du public.)

K. W. Et l’an dernier une adolescente est morte après avoir trébuché sur une racine et s’être perforé le poumon droit avec son couteau de chasse.

T. J. C’est criminel ! Si on ne l’avait pas laissée avoir cette arme, elle serait encore en vie aujourd’hui !

(Cris d’indignation du public.)

K. W. Pour ton information, Tom, et aussi pour celle de nos téléspectateurs, c’est la norme dans les provinces pédagogiques de permettre aux adolescents d’avoir un couteau. On leur apprend même à tirer à la carabine quand ils sont mineurs.

T. J. J’oubliais, Kristell, qu’on cherche à faire d’eux de petits soldats. C’est justement pourquoi on les a enlevés à leurs parents.

K. W. En effet. Tous ces accidents, toutes ces blessures, toutes ces morts auraient pu être évités si on avait laissé aux parents @ le soin de s’occuper de leurs enfants. Et je ne parle même pas des insolations, des engelures, des entorses, des chevilles foulées et des écorchures que les autorités des provinces pédagogiques ne jugent pas pertinent de signaler dans leurs rapports.

T. J. Cela montre à quel point les éducateurs des provinces pédagogiques sont négligents, qu’ils n’ont pas à cœur le bien-être et la santé des enfants qui leur ont été confiés, et qu’ils n’aiment pas ces enfants comme si c’étaient les leurs.

K. W. Ce qui est le plus choquant, Tom, c’est l’impunité complète des éducateurs. Ils ne sont jamais poursuivis en justice pour tous les accidents dont je viens de te parler. Quant aux autorités des provinces pédagogiques, elles ne prennent aucunes mesures pour mettre fin à cette hécatombe ! On voit bien qu’en @ on accorde très peu de valeur à la vie de chaque personne humaine, qui est considérée comme un simple rouage du régime totalitaire en place.

(Murmures d’indignation du public.)

T. J. Merci, Kristell, pour toutes ces informations. Notre public est maintenant beaucoup mieux informé sur la situation terrible des enfants en @. Voudrais-tu ajouter quelque chose pour conclure ?

K. W. J’aimerais inviter tous nous téléspectateurs à donner généreusement à l’Union internationale pour la défense des droits des enfants. Même les dons de 5 $ peuvent faire la différence et nous aider à améliorer le sort des enfants @, retenus prisonniers et endoctrinés à l’intérieur des provinces pédagogiques, et victimes de la négligence et des mauvais traitements de leurs éducateurs. Nous comptons sur votre générosité ! Aidez les enfants @ !

T. J. Pour ma part, je rappelle à tous nos téléspectateurs de ne pas oublier d’aller voir Sœur Teresina : une femme d’exception. Ils en sortiront grandis !

K. W. Merci et au revoir, Tom.

T. J. Tout le plaisir est pour moi, Kristell. Allons maintenant à la pause publicitaire, pour ensuite accueillir notre prochain invité, Mike Borottello, qui a été admis au Temple de la Renommée du Hockey la semaine dernière.